L'humilité devient trop cher

on mardi, 11 mars 2014. Posted in Réflexions

 

Plus que jamais, tout passe par le multimédia et les réseaux sociaux. Le CVs, les concours professionnels et amateurs de talents, ainsi que la vente de la personnalité poussée par le rêve « bling-bling » sont publiés en ligne et sur la place publique où chacun espère la reconnaissance par des sponsors qui sont les détenteurs du pouvoir convoité. Malgré toutes ces nouvelles méthodes qui permettent d’attirer l’attention sur soi et l’engouement des décideurs, les veilles attitudes comme l’orgueil et le mépris resistent et sont toujours au rendez-vous dans tous les milieux.

 

Il faut être courageux pour être humble. C’est au prix de la non-reconnaissance. Un prix que beaucoup de jeunes professionnels ne sont pas prêts à payer car pour exister la société exige qu’ils soient populaires. Avec le maître « orgueil » on fait tout pour plaire, pour être vu, et être auprès des personnes susceptibles de booster notre ascension professionnelle. Souvent, le service aux clients, le temps de travail ainsi que les collaborateurs en font les frais.  L’enfant de l’employé est parfois projeté vers un avenir tracé par les « graissages de pattes » et le donnant-donnant entre le patron, l’employé ou le futur recruté.  En effet, le patron veut placer son fils ou sa fille en milieu sûr, l’employé veut arriver au top de l’échelle hiérarchique et le recruté veut être sûr de son embauche et/ou prétendre aux grâces du patron pour un bon salaire.  Chacun orchestre son bilan favorable aux yeux du « pouvoir » datant de milliers de siècles : la gloire terrestre et l’orgueil.

 

C’est décevant quand un tel système et un tel trafic d’influence prospèrent dans le milieu ecclésial sensé être le berceau du service désintéressé et de la formation à l’humilité.  « Bonjour le dégât ! » est le cri des fidèles voyant que leurs serviteurs veulent être maîtres et les membres du « sanhédrin » veulent être « le souverain. »  Plus personne ne veut laver les pieds de Jésus avec leurs larmes de repentance et de supplications ni lui offrir le parfum du meilleur de soi car c’est trop cher. Cette humilité est trop risquée, dirait-on, car l’on peut être relégué à l’invité sans invitation. Avec un peu d’habileté on arriverait à s’asseoir à la table. Pour beaucoup, être orgueilleux n’est pas malsain mais peut être un potentiel don de leadership, de confiance en soi et de perspicacité intellectuelle. Si l’autre en face de nous est complètement effacé dans son humilité, aucune raison de le considérer voire même lui prêter un peu d’attention, dirait-on.

 

L’absence de remords est un obstacle à la repentance qui exige d’être désolé d’un fait ou d’un acte causant du tort.  Ainsi, faire naître le besoin de s’excuser ou de demander pardon voire même pardonner un autre devient difficile. Demander pardon ou s’excuser réellement avec regret exige la démolition de la tour d’orgueil et de la chute de l’empire de l’amour du pouvoir et de la gloire. Oui, l’humilité engendre l’embarras de faire face à l’échec et de l’accepter à la vue de ceux et celles devant qui l’on avait bâti un palais de verre et de sable. La quête de pouvoir peut être obsessionnel et dangereux. Le meilleur de nous devrait s’efforcer de se tenir droit et imperturbable face au risque d’être ridiculisé et traité de naïf.

 

Sachant que la plupart des êtres humains ne saurait pas résister à l’abus de leur pouvoir, cela fait quelques milliers d’années que Jésus-Christ a averti ses disciples : « Jésus les appela, et dit: Vous savez que les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les asservissent. Il n'en sera pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur;  et quiconque veut être le premier parmi vous, qu'il soit votre esclave. C'est ainsi que le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. » Matthieu 20.25-28.

 

Cette instruction aura-t-telle du succès auprès des disciples d’aujourd’hui ? Puisque Jésus-Christ nous le recommande, il est possible de marcher humblement parmi les hommes et avec Dieu.   Le service aux autres peut procurer la joie et l’épanouissement. Oui, c’est plausible que l’on fasse le meilleur service sans être mentionné, ni reconnu ni remercié par un seul bénéficiaire. Et alors ? Efforçons-nous d’être des serviteurs inutiles ! Cela plaira à Dieu.

 

 

Sean Dowding, Aumônier

 

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